La Postérité du soleil
Tirage unique à 120 exemplaires signés par René Char et Henriette Grindat (n° 67).
La Postérité du soleil est née de l’amitié qui lia après la Libération Albert Camus et René Char. La correspondance des deux écrivains fait plusieurs fois allusion à ce projet de « livre sur le Vaucluse » qui serait la trace fidèle de leur fraternité. Mais le livre ne put paraître du vivant de Camus, bien que le manuscrit en fût prêt au début des années 1950, après que Char y eut apporté son « luttant et respirant » poème d’ouverture.
Les fragments poétiques de Camus y accompagnaient des photographies d’Henriette Grindat (1923-1986), artiste suisse venue rencontrer Char à L’Isle-sur-la-Sorgue, dans le but de donner un visage à « cette arrière pays qui est à l’image du nôtre, invisible à autrui » (Char).
L’amitié entre Char et Camus se concrétisa de manière tout à fait originale dans la création de cet ouvrage publié après la mort de Camus. Elle trouve son origine dans l’amour d’une terre, le Luberon à laquelle sont attachés les deux hommes. René Char commente ainsi la genèse de ce livre : « La Postérité du soleil naquit de la rencontre d’une jeune photographe, Henriette Grindat, du plaisir que Camus prenait de plus en plus à parcourir ce pays, et de mon désir […] d’obtenir des images, des portraits, des paysages du Vaucluse qui différeraient des photographies cartes postales […] ».
En 1952, trente photos sont choisies et illustrées par Camus à travers des poèmes en prose. Ce beau livre, désormais dans la Pléiade (tome IV), commence par un poème de Char, De moment en moment, et se clôt par l’un des rares textes que le poète ait consacrés à son ami Camus, Naissance et jour levant d’une amitié, qui fut composé chez l’éditeur de l’ouvrage, à Genève, Edwin Engelberts.
Un tiré à part existe de texte existe, sous forme d’une petite plaquette dépliante, elle aussi illustrée d’une photographie de Grindat : un portrait de Camus, pris en Provence en 1955.
Bel exemplaire, enrichi d’une carte de visite signée « de la part de René Char » et de cinq photographies prises aux Busclats en 1966 : elles ont été prises à l’occasion du séjour de Michel Soutter auprès de René Char pour le tournage du film René Char, réalisé pour la Télévision suisse romande. Le film, produit en 1966 et destiné à l’émission Champ libre, montre le poète dans son territoire de L’Isle-sur-la-Sorgue, aux Busclats et dans les paysages qui nourrissent son oeuvre. Sa diffusion eut lieu le 20 novembre 1967.
Edwin Engelberts était présent lors du tournage et ce sont ses photographies qui documentent le séjour ; elles figurent dans le fonds Engelberts (conservé à la Fondation Bodmer à Cologny) et ont été présentées en 2019 lors de l’exposition René Char à la Fondation Jan Michalski. Les tirages de notre exemplaire – des contretypes sans doute donnés à Char par Engelberts – sont inédits.
Les photographies réunissent également Anne Reinbold, alors toute jeune compagne du poète. Étudiante lorsqu’elle rencontre Char en 1965, elle vient aux Busclats dans le cadre de ses recherches universitaires sur son oeuvre. Leur rencontre devient presque immédiatement une relation amoureuse et Anne Reinbold partagera ensuite pendant une vingtaine d’années la vie du poète dans cette maison.
