Paris, Gallimard, (15 juin) 1948
1 vol. (120 x 180 mm) de 259 p. et [2] f. Basane rouge, dos à nerfs, pièce de titre, initiales S. B. [Simone Berriau] en pied, tête dorée, couverture et dos conservés (reliure signée de Vié et Bourdier).
Édition originale. Un des 60 exemplaires sur pur fil (non justifié).
Important exemplaire, avec envoi et lettre autographe.
Envoi signé : « À Simone qui n’a pas craint de se salir les mains en les mettant à la hâte et en m’aidant à monter [Les Mains sales] en reconnaissance pour la directrice et la metteuse en scène. Avec l’amitié de Jean-Paul Sartre ».
Jointe : lettre autographe à en-tête du Théâtre Antoine, signée de Simone Berriau et adressée à Jean-Paul Sartre. S.l.n.d. [Paris, janvier 1960]. 1 f. (210 x 270 mm).
Chanteuse et comédienne, Simone Berriau (Bossis de son vrai nom) abandonne le chant en 1935 pour se lancer dans le cinéma, avec une quinzaine de films - dont deux de Max Ophüls qui lui offre ses deux meilleurs rôles dans Divine (1935) et La Tendre Ennemie (1936). Elle tourne son dernier film avec Fernandel et Raimu, Les Petits Riens (1942), avant de reprendre la direction du Théâtre Antoine, où elle crée la quasi-totalité de l'oeuvre dramatique de Sartre, qu'elle rencontre en 1944, au moment de Huis clos. Ils auront une courte liaison. Elle produira par la suite des pièces de Cocteau, Miller, Guitry, donnant leur chance à de jeunes metteurs en scène comme Peter Brook, qui signe son premier spectacle en France en 1956 avec La Chatte sur un toit brûlant de Tennessee Williams. 
La première des Mains sales qu'elle crée est donnée le 2 avril 1948, avec notamment André Luguet et François Périer.  Elle montra aussi Mort sans sépulture en 1946, Le Diable et le Bon Dieu en 1951, puis Nekrassov en 1955, signant aussi une adaptation cinématographique des Mains Sales en 1951, réalisée par Fernand Rivers, où elle tient le premier rôle aux côtés de Pierre Brasseur. 
Simone Berriau se réfère explicitement dans sa lettre à une brouille avec Sartre, disant tout lui pardonner, « même ce que vous ne m'avez pas fait ». L'occasion lui est donnée grâce au beau texte que Sartre vient de donner à L'Observateur du 5 janvier 1960 : Camus vient de mourir sur une route de Bourgogne et Sartre dira avec sincérité qu'« une brouille, ce n'est rien - dût-on ne jamais se revoir -, tout juste une autre manière de vivre ensemble et sans se perdre de vue dans le petit monde étroit qui nous est donné ». Quelle est donc l'origine de cette fâcherie entre Sartre et Berriau, laquelle souhaite faire le « bilan » de Sartre ? Elle est peu glorieuse, à dire vrai, pour le couple Sartre-Beauvoir. Fin 1954, le prix Goncourt couronne Les Mandarins, et le journal tombe des mains de Camus : « Il paraît que j'en suis le héros (...) Mieux : les actes douteux de la vie de Sartre me sont généreusement collés sur le dos. Ordure à part ça. » (Albert Camus, Carnets III, p. 147). Simone de Beauvoir relate en effet un épisode, où Camus se voit mettre sur le dos un faux témoignage commis pendant la guerre... par Sartre pour protéger sa maîtresse, qui n'est autre que Simone Berriau. Simone de Beauvoir avouant un acte délictueux et immoral de Sartre et l'attribuant à Camus : voilà une calomnie intolérable pour Camus, lequel observait, vis-à-vis de son action dans la Résistance, une double règle de silence et de fidélité.
Nul doute que Simone Berriau a elle aussi peu apprécié cette ténébreuse affaire, qui lui rappelle, outre une liaison passée, d'autres souvenirs peu appréciables : ceux d'avoir été la maîtresse d'un officier allemand, puisque c'est le mobile du faux témoignage évoqué dans Les Mandarins. On comprend mieux, dès lors, les distances qu'elle prend à partir de 1955 : plus aucune collaboration avec Sartre après Nekrassov, monté en juin. Signe d'un revirement définitif, elle se rapprochera de Camus : c'est elle qui s'occupera de monter Les Possédés en 1959, dans son Théâtre Antoine, dont la première sera donnée le 30 janvier, dans un décor et des costumes de Mayo. Ce sera la dernière montée par Camus, qui meurt moins d'un an plus tard. 
De la bibliothèque de Simone Berriau (ex-libris et envoi). 
L'envoi de Sartre a été reproduit dans le catalogue de l'exposition Sartre à la BnF. « Dans ses souvenirs, Simone Berriau raconte comment elle a demandé à Sartre d'écrire une petite pièce pour accompagner Morts sans sépulture, pièce trop courte pour figurer seule à l'affiche ; il lui apporta huit jours plus tard le manuscrit de La Putain respectueuse » (Sartre, Bnf, notice sur La Putain respectueuse). 
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